Cataclysme

Où est la frontière entre vérité et croyance ?

Quatre femmes, quatre rapports singuliers aux écrans, aux informations : une ado fan de youtube, une mère de famille qui vire complotiste, une ermite randonneuse vivant sans écran, une jeune femme prisonnière de l’algorithme des réseaux.
Surgit un cataclysme. Cet incident provoque une grande panique et vient se frotter aux enjeux personnels des personnages en les obligeant à s’adapter, se dépasser, s’ouvrir, etc. Peut-être quitteront-elles le «rabbit hole» des réseaux et des images pour se réveiller dans l’ici et maintenant ?
Mais alors, pour y vivre quoi ?

Note d'intention

On ne l'ignorait pas et pourtant la pandémie l'a renforcé : notre rapport aux écrans, aux informations, souffre d'un mal étrange. Dans nos sociétés occidentales la "vérité" est un concept malléable, de plus en plus flou, elle serait une question de point de vue, de croyance. Alors, partant de ce constat que tout est relatif, comment recevoir la parole d'un scientifique ? Que signifie mettre à égalité celle d'un gourou crudivoriste ? Comment les chaînes d'information en continu ont instauré de nouveaux rapports au réel, au direct, à l'infotainment ? On le sent, quelque chose bascule dans l'époque et s'impose dans nos imaginaires fragilisés par deux ans de pandémie.

L'histoire que nous voulons raconter s'enracine dans le rapport ambigu, complexe, teinté d'attirance et de défiance que chacun (adulte ou adolescent) entretient avec les médias. Infos en continu, fake news, montée du complotisme, sites de ré-information : il est difficile aujourd’hui de savoir qui croire et qui écouter. On n'a jamais été autant abreuvés d'informations et paradoxalement aussi mal informés. On a rarement diffusé des propos aussi extrêmes dans les médias et dans le même temps certains clament « qu’on ne peut plus rien dire ».
Cataclysme place l’adolescent au coeur de la société, face à d’autres générations. Les usages et la confiance face aux médias divise voire oppose les générations et il nous a semblé intéressant de faire co-exister des paroles diverses sur scène.

Paroles d'ados

En septembre 21, Gwendoline Soublin, Pauline Van Lancker et Simon Dusart ont passé une semaine en immersion au collège Boris Vian de Croix (59). Pendant une semaine, ils ont rencontré des élèves de tous niveaux pour les questionner sur leur rapport aux médias, à l'information. Source d'inspiration précieuse, ces témoignages ont donné lieux à des débats, des réflexions, dont voici un extrait.

Dedans/dehors

Nous poursuivons depuis quelques temps une piste esthétique et dramaturgique en tentant de rendre ténue la frontière entre réel et fictif. Nous aimons brouiller les pistes, laisser le public se questionner sur la vérité d’un propos, la réelle existence d’un personnage. Nous construisons des spectacles solidement ancrés dans le réel que ce soit par leurs thématiques actuelles, ou une interprétation qui tend vers le réalisme quasi cinématographique, ou encore des adresses directes au public.
Après avoir exporté la notion de représentation dans un lieu public, en prise directe avec le monde réel, nous aimerions faire entrer ce monde réel sur le plateau d'une salle de spectacle. L'idée d'intégrer ce qui arrive ailleurs, alors même que le public assiste à une représentation, constitue tout l'enjeu de notre propos : les médias nous relient au monde et ce faisant, nous maintiennent éloignés de l’ici et maintenant. Nous imaginons un dispositif particulier, à la manière d’un duplex télévisé, qui permettrait des allers/retours en liaison directe entre le plateau (la fiction) et des scènes à l’extérieur (mêlant fiction et réalité). Nous allons placer le spectateur à deux endroits différents en même temps, et jouer avec les sens narratifs qui découlent de cette relation entre deux espaces-temps.

ALerte & Cataclysme

2020 – Tout s’est arrêté. Chacun chez soi, on attend avec sidération. La télé, la radio, les réseaux sociaux font le lien avec l’extérieur et deviennent même petit à petit un ailleurs de substitution. Les vidéos, les parodies, les blagues, les infos circulent, se superposent et se mélangent.
2021 – Confinements , masques, tests, vaccins : tout est sujet à polémique dans les médias, chaque sujet est devenu clivant. Et finalement, dans le flots d’infos, il semble impossible de déceler une vérité cohérente. Certains décident de ne plus s’informer, d’autres se plongent encore plus dans l’actualité.
2022 / 23 – Nous voulons transformer cette expérience commune en une fiction détachée du contexte ambiant, dans laquelle se mêleraient histoires intimes et histoire collective.
Le point de départ de Cataclysme est le rapport ambigu, complexe, teinté d'attirance et de défiance que chacun (adulte ou adolescent) entretient avec les médias. Infos en continu, fake news, montée du complotisme, sites de ré-information : il est difficile aujourd’hui de savoir qui croire et qui écouter. On n'a jamais été autant abreuvés d'informations et paradoxalement aussi mal informés. On a rarement diffusé des propos aussi extrêmes dans les médias et dans le même temps certains clament « qu’on ne peut plus rien dire ».

Comment s’informe-t-on aujourd’hui quand on est ado ou quand on a 50 ans? Quel degré de confiance apporte-t-on à la parole des médias en cette période où la crédibilité se construit sur la sympathie de celui qui prend la parole et où les réseaux sociaux favorisent le biais de confirmation ? D’où vient notre besoin parfois incontrôlable d’être informé pour exister au monde ? Et ce sentiment diffus d’être plus éclairé quand on ne s’informe pas comme les autres ? Et au-delà de ça, comment se construit-on dans ce monde de sur-exposition médiatique où tout est analysé et disséqué à longueur de temps ?

En parallèle de la création Cataclysme, nous avons créé une forme satellite, destinée à être jouée hors les murs, particulièrement en milieu scolaire. Alerte (Blaireau Dégâts) est le monologue d’un jeune lanceur d’alerte sur Youtube, personnage secondaire de Cataclysme. Les deux spectacles sont pensés comme indépendants et complémentaires, mais Alerte (Blaireau Dégâts) peut également exister comme une sensibilisation à Cataclysme.

En savoir plus sur Alerte (Blaireau Dégâts)




  • Mise en scène : Pauline Van Lancker et Simon Dusart
  • Écriture : Gwendoline Soublin
  • Interprétation : Lyly Chartiez-Mignauw, Geneviève de Kermabon, Florence Masure, en cours
  • Création musicale : Jean Bernard Hoste
  • Conseils vidéo/duplex : Bénédicte Alloing
  • Administration : Laurence Carlier
  • Production et diffusion : Margot Daudin Clavaud





Partenaires

Coproduction : Coproduction : Les Tréteaux de France - CDN itinérant - Aubervilliers (93), Le Bateau Feu, Scène Nationale - Dunkerque (59), Le Grand Bleu, Scène Conventionnée d'intérêt national - Art, enfance et jeunesse - Lille (59), Le Boulon, CNAREP - Vieux-Condé (59), Le Théâtre Massalia, Scène Conventionnée d'intérêt national - Art, enfance et jeunesse – Marseille (13), La Manekine, Scène Intermédiaire des Hauts-de-France – Pont Sainte-Maxence (60), Droit de Cité - Aix-Noulettes (62). en cours
Création financée avec l'aide de la Région Hauts-de-France, le Département du Pas-de-Calais. en cours
Avec le soutien de La Comédie de Béthune CDN - Béthune (62), Le Théâtre Jean Arp, scène conventionnée d'intérêt national Art et création – Clamart (92), La Manivelle Théâtre Wasquehal 59).en cours

La compagnie bénéficie du soutien de la DGCA dans le cadre d’un compagnonnage avec l’autrice.

Infos pratiques

Les RDV de créa

Aucun évènement à venir!

Pour participer, rien de plus simple. Il vous suffit de nous envoyer votre texte, accompagné d'un titre et du nom de l'auteur.e, à l'adresse suivante : contact suivi de @lacompagniedanslarbre.fr.

C'est à vous !

Résidence au Grand Bleu - Lille (59)

Carnet de bords de bassin #3

Nous avons retenu notre respiration pendant plusieurs mois, échangé, discuté, réfléchi avec nos partenaires, repensé trois ou quatre fois les plannings.  

Mais cette fois c’est sûr : la création de Like Me aura bien lieu en novembre 2020, à la piscine Maurice Thorez de Montreuil (93), en partenariat avec la Ville et le théâtre Berthelot.  

Une fois cette date posée, nous avons enfin pu reprendre notre souffle. Et plonger à nouveau. 

 

Retrouver de l’air. La semaine dernière nous avons donc repris le chemin des répétitions, au Grand Bleu à Lille. Pas simple de remettre la machine en route quand elle a été si longtemps à l’arrêt. Alors nous nous sommes penchés sur la dernière version du texte de Léonore. Texte lu, relu et décortiqué : chaque scène a été passée en revue pour que la frontière entre le réel et la fiction soit la plus ténue possible. La particularité et la complexité de ce projet résident dans la recherche d’un ton juste et d’un jeu crédible alors que le personnage falsifie la vérité. 

 

Ressentir les battements de cœur. Après plusieurs essais et de longues réflexions, l’installation technique est maintenant quasiment aboutie. Le travail de composition musicale de Xavier se poursuit. Battements de cœur percussifs, nappes musicales qui se déstructurent au fil du parcours, voix intérieure du personnage mêlée aux bruits de l’eau, l’univers sonore se précise et se densifie. 

 

Chercher l’oxygène. Clémentine, l'instructrice qui a commencé à transmettre à Simon les bases de l’apnée, nous a parlé diving reflex, état méditatif, poids constant, mise en condition, skandalopetra et exercice de la carpe. Elle continuera à accompagner Simon tout au long de la création pour l’aider à se familiariser avec cette pratique si particulière. 

 

Inspirer et faire des choix. Nous avons regardé des vidéos, échangé des références cinématographiques, cherché le costume idéal, se posant des questions aussi essentielles qu’inhabituelles (Quelle coupe de maillot de bain raconterait au mieux le personnage ?). 

Petit à petit, les contours du personnage de Simon Volser se dessinent.   

 

Rendez-vous après l’été pour reprendre les répétitions et – on l’espère – retrouver l’humidité et la chaleur des piscines ! 

 

Extrait du texte de Léonore Confino

Simon Volser, ancien champion d’apnée :

A partir de 35 mètres, l’air est tellement comprimé dans mon corps, que je chute comme une pierre. Avec la pression, mes poumons ressemblent à deux balles de ping pong … je suis un condensé de moi-même.

Battements de cœur forts.

Il ne parle plus, mais sa voix intérieure se prolonge par un chuchotement dans le casque pendant qu’il enfile sa combinaison dans des gestes mesurés :

Chaque minute compte. Je dois accepter la pression, la faire mienne. Tenir, le plus longtemps possible. Je tiens mes organes dans mes mains, je dicte mes règles, je suis un conquérant de l’impossible, je pense aux alpinistes qui touchent le ciel, aux cosmonautes qui défient l’espace, aux pompiers qui traversent le feu (Il attrape une pierre ronde, qui permet aux apnéistes de peser dans l’eau), j’appartiens à la caste des surhommes, de ceux qui jouent aux cartes quand tout explose, et pour gagner la minute ultime, cette minute impossible qui torpille tous les scores, j’appelle mon enfance, je caresse gentiment la joue de ceux qui m’ont maintenu la tête sous l’eau, et d’une seule main, j’appuie fermement sur leur visage, jusqu’au sol, jusqu’à les enfermer sous un grand lac droit et gelé, et je marche, pieds nus, surpuissant et tellement cool, bercé par le tam-tam de leurs petits poings qui tapent à l’aide sous la glace.

Il prend une immense bouffée d’air.

Allez vous faire foutre, moi je suis du bon côté et j’y reste.

Retours d'ados

En octobre dernier, nous proposions à une classe de 3ème du collège de La Morinie à Saint Omer (62) de suivre une répétition publique. Voici leurs retours, quelques semaines plus tard.
 
Nous n'avons pas l'habitude de devoir nous déplacer lors d'un spectacle, surtout pas dans une piscine municipale ! On se sentait vraiment dans l'histoire car l'acteur était tout proche de nous et nous posait des questions.
Erwan


C'était sincèrement intéressant car ça touchait les gens. On était pratiquement un élément du spectacle ! Il y avait pourtant des moments gênants qui pouvaient mettre mal à l'aise. Malgré tout, une bonne occasion de faire réfléchir.
Camille
Ce que j'ai apprécié, c'est d'être dans la scène avec le personnage plutôt que d'être devant un écran ou une scène. On partage mieux les sentiments des personnages.
Chloé
 
C'était très surprenant, parce qu'on portait des casques. On est en quelque sorte "immergé" dans le spectacle.
Iliass

C'était intéressant et j'ai hâte de connaître la suite. Certaines des répliques prononcées étaient très vraies et tout à fait en rapport avec les problèmes de notre société. Le monologue de l'acteur sur la connaissance de soi était aussi très lucide.
Kelly
 

Une production de la compagnie dans l'arbre
En coproduction avec La Passerelle – Rixheim, la Barcarolle - EPCC spectacle vivant Audomarois, le Boulon – CNAREP - Vieux Condé.
Création financée par la DRAC Hauts-de-France, La Région Hauts-de-France, le Conseil Départemental du Pas-de-Calais, la Ville de Lille, la Communauté d’agglomération Béthune Bruay Artois Lys Romane.

Avec le soutien du Grand Bleu, scène conventionnée d’intérêt national Art, Enfance et Jeunesse, La ville de Montreuil et le Théâtre Berthelot (Montreuil)
Production en cours.

 
Résidence à la Piscine Communautaire d'Arques - La Barcarolle (62)

Carnet de bords de bassin #2

Notre semaine de labo d’expérimentation à la piscine de Arques, en partenariat avec la Barcarolle, EPCC spectacle vivant en Audomarois, vient de s’achever. Nous nous étions fixés plusieurs objectifs de recherche pour avancer dans la construction de notre déambulation.

La piscine représente à la fois une source d’inspiration sonore inépuisable et un ensemble de contraintes techniques sérieuses.
Quel type de casques va t-on utiliser pour les spectateurs ? Est-ce qu'il est possible de garder une oreillette sous la douche ?
Mais est-ce que ça existe des micros étanches ?
Comment gère-t-on la grosse soufflerie des vestiaires qui brouille tout le travail sonore ?
Et comment pourrait-on faire pour capter en direct et amplifier les pas dans le pédiluve?
Le premier objectif de notre labo a donc été de répondre, voire d’inventer des solutions à ces nombreuses questions techniques.

 

Le deuxième axe de recherche concernait la construction de notre fiction et sa particularité : avec Léonore Confino, nous cherchons comment bâtir une double narration. Les spectateurs vont suivre le personnage de Simon Volser, ancien champion d’apnée en mal de popularité. Il reviendra notamment sur un fait d’actualité ultra médiatisé : la façon dont il a sauvé un jeune ado, Yanis, de la noyade. En parallèle, les spectateurs découvriront dans les casques une vérité différente, racontée par d’autres voix (celles de Yanis, de la femme de Volser, d’un groupe d’amis de Yanis, d’une directrice de piscine, ...). Pour ce labo, Léonore nous a proposé un deuxième jet d’écriture que nous avons trituré,découpé, confronté à la réalité de ce terrain aquatique et exigü.
Notre troisième objectif était de tester notre déambulation face à un public adolescent : une classe de 3° du collège de la Morinie à St Omer est venue assister à un premier filage. Cet exercice nous a permis entre autres de soulever des dizaines de questions logistiques, d’appréhender le guidage d’un groupe à travers les douches, d’affiner nos besoins humains pour les représentations futures. Voir ces ados équipés de casques réagir à la promiscuité des lieux, à notre histoire et à l’étrangeté de cette proposition originale a confirmé la pertinence de cette déambulation en piscine.


Recherches sonores de Xavier Leloux


Imaginant utiliser l'espace de la piscine comme un instrument joué en live, et de partir des sons qui s'en dégagent, Xavier a composé cette séquence à partir des bruits de casiers enregistrés à la piscine. Dans les casques des spectateurs, son univers électro se mélange alors les sons réels du lieu :

Extraits de textes de Léonore Confino

Simon Volser, ancien champion d’apnée :
Ne soyez pas gênés. J’ai l’habitude d’être regardé. Dans une journée, je passe plus de temps en maillot qu’habillé. Et ça me rappelle que je suis un être humain, rien de plus. Les vêtements, les objets, les médailles, c’est accessoire. La seule chose que vous possédez vraiment, c’est vous-même. On a qu’un seul corps et on le porte toute sa vie : il faut se battre pour lui. Il attrape sa combinaison d’apnéiste : C’est avec cette combi que j’ai remporté mon titre de champion du monde. Elle a pris la forme de mon corps. C’est elle qui me donne un repère pour savoir si je dévie de ma ligne... je ne peux pas m’évaluer si je n’ai pas de repère. Vous savez à quoi vous ressemblez vous ? Moi je crois qu’on est incapable de se voir objectivement... même avec des milliers de photos de soi. Non. C’est avec les autres qu’on se fabrique un auto-portrait. Si tu te plais follement à toi-même et qu’en sortant dans la rue, les passants poussent des cris d’effroi, ta petite conviction personnelle sera réduite en bouillie. On a besoin d’être validés socialement. Moi en tant que sportif, ça me dérange pas du tout de noter un livreur ou un médecin parce que c’est mon métier d’être noté, au quotidien
Des voix mêlées d’ados :
Mon nez, il a cette bosse, ici.
Mon deuxième orteil est plus long que le premier.
Mes cheveux. ça frise derrière, c’est lisse devant.
J’ai des grosses narines chelou.
Je suis la plus grande de la classe.
Ça se fait pas pour une fille.
Mon menton, trop petit.
Je rase tous les jours pour avoir une beubar.
J’ai pas de chevilles.
Trop de seins.
Avec le bonnet de bain, on voit vraiment mon visage.
Je déteste. Mes cuisses. On dirait mes sœurs.
J’ai des bras trop longs.
Quand je cours, j’ai l’air d’un singe.
L’acné sur ma peau. Ils m’appellent papier ponce.
Je me force à rire.
Je rougis après l’épilation.
J’ai mes règles, tout le monde le sait.
Moi je fais au rasoir, avec la repousse, ça pique.
J’ai pas mes règles. Tout le monde le sait.
Subtilement, ce n’est plus qu’un seul ado qui parle (c’est Yanis) : Mon maillot, il est blanc, on voit les poils de ma teub. Et avec le froid, elle a l’air minuscule. Je ressemble à rien, sérieux...
Résidence au Dragon d'eau - Saint Amand les eaux - Le Boulon (59)

Carnet de bords de bassin #1

Nous venons de passer une première semaine de rencontres dans la superbe piscine du Dragon d’Eau à Saint Amand-les-eaux, en partenariat avec le Boulon, CNAREP à Vieux Condé.

Rencontre entre les différents membres de l’équipe tout d’abord. C’est toujours un moment particulier et précieux que celui des premières improvisations hésitantes et fondatrices. Premiers essais musicaux aussi pour Xavier Leloux (du groupe Margaret Catcher), qui va composer la bande son de cette déambulation. Il s’est baladé, micro à la main pour capter les sons et les échos de ce lieu atypique, puis s’est isolé pour composer et nous a proposé toute la semaine des déclinaisons aquatiques.

Rencontre avec les mots de Léonore qui, après des heures de recherches et échanges, nous avait proposé un premier jet d’écriture avant d’entrer en résidence. Avec ses mots simples, précis, la double histoire en parallèle de Simon Volser et Yanis se dessine petit à petit.

Rencontre enfin et surtout avec cet équipement si particulier qu’est la piscine en activité. C’est elle qui nous a dicté son rythme et ses contraintes. C’était finalement l’élément central de cette semaine, source d’inspiration et de débats.

Des centaines de questions techniques, dramaturgiques, logistiques nous sont apparues, des dizaines de pressentiments ont été confirmés – comme ce choix essentiel d’une déambulation au casque, indispensable au travail subtil du son que nous envisageons. Passés les premiers instants de perplexité d’une journée de répétition en maillot de bain, nous sommes maintenant convaincus de la pertinence de raconter cette histoire-là en piscine.

Le parcours immersif LIKE ME, c’est un plongeon dans l’univers de l’apnéiste Simon Volser, le premier français à avoir remporté le titre de champion du monde en 2016.

L’homme se raconte en toute transparence à travers une déambulation dans sa piscine d’entraînement, celle où il retient son souffle tous les jours. De son casier personnel au bassin abyssal, l’homme-poisson dévoile ses techniques de champion… jusqu’à offrir une démonstration d’apnée en direct.  Il revient aussi sur la

 

noyade d’un jeune évitée de justesse, évènement dont les images ont inondé la toile…

Sous le parcours vernis, se révèlent les failles d’un « Héraclès » construit sur une adolescence fragile. Subtilement, se déploie la confrontation entre la communication ultra-maitrisée de Simon et un contre-point sonore auquel le spectateur est seul à avoir accès. L’image du champion prend doucement l’eau aux yeux de ses visiteurs ; paradoxalement, il en devient bien plus humain à nos yeux.

Extraits de textes de Léonore Confino

VOIX DE SIMON VOLSER, APNÉISTE :

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je pratique ce qu’on appelle l’apnée en poids constant depuis… 10 ans maintenant. En « poids constant », ça veut dire que je descends au fond de l’eau le long d’un filin, sans poids, sans gueuse, juste le mouvement de mes palmes.

Je détiens le titre de champion du monde avec une descente à 137 mètres en 2016.

C’est dans cette piscine que je me suis transformé.

(…)

Quand le ministère m’a invité à ces journées « Un champion, un territoire » j’ai tout de suite dit oui. C’est formidable pour moi de partager ma pratique avec des gens qui se disent que la réussite n’est pas pour eux. Je suis convaincu qu’on a tous une force cachée dans un domaine, il faut juste vivre suffisamment pour tomber dessus.

(…)

Quand on est sportif, on ne fissure pas. Le score est en baisse, tu t’entraines trois fois plus. T’as mal ? Fatigue ta douleur, ça passera. T’es triste ? Va te cacher. On est pas seulement des sportifs vous savez, on est des piliers d’espoir, on tient debout des cités entières. Tu te relâches et c’est des milliers de likes que tu perds, parce que tu salis leur rêve. Pourquoi tous ces cyclistes qui se piquent aux hormones à votre avis ? La pression est trop forte : t’as le droit de monter, pas de redescendre.

VOIX de YANIS, ADOLESCENT :

Je vais te briller dessus. Il a dit ça. Alors moi, avec ses kilos de confiance, je l’ai cru. Je le voyais faire ses perfs d’apnée tous les jeudis. Moi je viens à la piscine pour faire du muscle… j’ai des bras trop courts, alors pour compenser, j’avoue, je me fais les épaules, parce que si tu veux pécho, faut te faire violence.

Ils mettent une barrière de sécurité en plastique le jeudi pour séparer les vrais sportifs et les gens normaux, comme moi.

C’était chelou qu’un champion comme Volser il m’adresse la parole. J’ai pas tout capté au début. Je me suis même demandé si ça « sentait pas le pédophile de piscine », mais en vrai rien à voir. Rien de tordu niveau sexuel. Et puis 500 euros c’est 500 euros. Ma mère pour toucher 500 elle fait 10 ménages de 4 heures, sans facturer les trajets. Moi ça me prenait 5 minutes de ma vie, bam, 100 euros la minute. Pour rien faire, juste jouer au pseudo-mort… sauf que…